Depuis leur introduction commerciale au début des années 2010, les écrans OLED (Organic Light-Emitting Diode) ont transformé notre expérience visuelle quotidienne. Au cœur de cette évolution technologique, deux géants sud-coréens se distinguent : LG et Samsung. Ces entreprises ont développé des approches distinctes mais complémentaires dans la fabrication et le perfectionnement des dalles OLED, contribuant à façonner un marché désormais incontournable. Cette rivalité technologique a catalysé des avancées majeures tant dans les techniques de production que dans les performances visuelles, redessinant les contours de nos téléviseurs, smartphones et autres appareils connectés.
Les fondations technologiques divergentes
Dès les premiers développements commerciaux, LG et Samsung ont emprunté des chemins distincts dans leur approche de la technologie OLED. LG a misé sur les panneaux WOLED (White OLED) avec une structure où une couche émettrice de lumière blanche est associée à des filtres de couleur. Cette architecture, baptisée WRGB, permet une production plus simple et moins coûteuse des grands formats. De son côté, Samsung a privilégié la technologie RGB OLED pour ses petits écrans, où chaque pixel contient trois sous-pixels émettant directement les couleurs primaires sans nécessiter de filtres supplémentaires.
Cette divergence fondamentale explique pourquoi LG domine le marché des téléviseurs OLED tandis que Samsung excelle dans les écrans de smartphones. En 2013, LG commercialisait son premier téléviseur OLED grand public, établissant sa position dominante dans ce segment. Parallèlement, Samsung perfectionnait sa technologie AMOLED (Active-Matrix Organic Light-Emitting Diode) qui équipe aujourd’hui la majorité des smartphones haut de gamme.
Ces choix stratégiques ont façonné les forces et faiblesses respectives des deux fabricants. LG Display, filiale de production de LG, est devenue le principal fournisseur mondial de grands panneaux OLED, approvisionnant non seulement sa maison-mère mais aussi Sony, Panasonic et d’autres marques premium. Samsung Display a quant à lui concentré son expertise sur les petites et moyennes diagonales, devenant le leader incontesté des écrans pour appareils mobiles tout en développant une nouvelle technologie hybride, le QD-OLED, pour revenir sur le marché des téléviseurs haut de gamme.
L’évolution des performances visuelles
La course à la qualité d’image a constamment stimulé l’innovation chez les deux constructeurs. Les premiers écrans OLED souffraient de problèmes de durée de vie et de luminosité limitée. LG a progressivement amélioré sa technologie WOLED avec l’introduction de nouvelles couches d’émission et de meilleurs algorithmes de traitement. Entre 2013 et 2023, la luminosité maximale des téléviseurs LG OLED est passée d’environ 300 nits à plus de 2000 nits sur certains modèles premium dotés de la technologie MLA (Micro Lens Array).
Samsung, de son côté, a perfectionné ses écrans AMOLED pour smartphones en introduisant des innovations comme les écrans incurvés (2014), puis pliables (2019). La société a résolu les problèmes de brûlure d’écran (burn-in) grâce à des matériaux organiques plus résistants et des algorithmes de compensation. Les dernières générations d’écrans Samsung atteignent des fréquences de rafraîchissement de 120 Hz avec des temps de réponse inférieurs à 1 milliseconde, établissant de nouveaux standards pour l’expérience mobile.
Les deux fabricants ont également travaillé sur l’amélioration des gamuts colorimétriques. Les écrans OLED actuels couvrent désormais plus de 99% de l’espace DCI-P3, offrant une richesse de couleurs inégalée par les technologies LCD. LG a développé sa propre solution de calibration automatique avec son système CalMAN, tandis que Samsung mise sur sa technologie Dynamic AMOLED avec certification HDR10+ pour garantir une fidélité chromatique optimale.
Cette évolution s’est accompagnée d’une réduction de la consommation énergétique, un défi majeur pour cette technologie. Les dernières générations d’écrans OLED consomment jusqu’à 30% d’énergie en moins que leurs prédécesseurs, grâce à l’optimisation des matériaux et des circuits de commande.
Innovations de fabrication et économies d’échelle
L’un des défis principaux pour les deux fabricants a été de développer des procédés de production permettant de réduire les coûts tout en améliorant les rendements. LG a investi massivement dans ses usines de Paju en Corée du Sud et de Guangzhou en Chine. Ces installations utilisent la technologie de dépôt sous vide pour les grandes dalles, avec des substrats de génération 8.5 et 10.5. Cette montée en puissance a permis à LG de réduire le prix des téléviseurs OLED d’environ 65% entre 2013 et 2023, rendant la technologie accessible à un public plus large.
Samsung a développé des techniques de fabrication par impression pour certains composants OLED, réduisant significativement les coûts de production des petites dalles. L’entreprise a perfectionné le processus d’encapsulation mince (TFE – Thin Film Encapsulation) qui protège les matériaux organiques sensibles à l’humidité et à l’oxygène, tout en permettant la réalisation d’écrans plus fins et flexibles. Ces innovations ont été déterminantes pour la production de masse des écrans pliables équipant les séries Galaxy Z Fold et Z Flip.
Les deux constructeurs ont investi dans l’automatisation de leurs lignes de production. Les usines modernes de LG et Samsung utilisent des robots et des systèmes d’intelligence artificielle pour contrôler la qualité en temps réel, réduisant les défauts et augmentant les rendements. Cette automatisation a permis d’atteindre des taux de rendement supérieurs à 90% pour les écrans de dernière génération, contre moins de 60% pour les premières productions OLED.
- LG a investi plus de 15 milliards de dollars dans ses installations de production OLED entre 2015 et 2022
- Samsung a consacré près de 11 milliards de dollars au développement de ses lignes QD-OLED et OLED flexibles sur la même période
Ces investissements massifs ont créé une barrière à l’entrée considérable pour les concurrents potentiels, renforçant le duopole coréen sur le marché des écrans premium.
La diversification des applications
Au-delà des téléviseurs et smartphones, LG et Samsung ont exploré de nouveaux marchés pour leurs technologies OLED. LG Display a développé des écrans transparents atteignant 40% de transparence, ouvrant la voie à des applications dans la signalétique commerciale, les vitrines intelligentes et même les fenêtres connectées. La société a également conçu des écrans enroulables, comme le LG Signature OLED R, démontrant la flexibilité unique de cette technologie.
Samsung s’est concentré sur les écrans pliables et les applications professionnelles. Ses dalles Dynamic AMOLED équipent désormais des moniteurs de création graphique haut de gamme et des écrans médicaux nécessitant une précision chromatique exceptionnelle. L’entreprise a développé des écrans extensibles pouvant s’étirer jusqu’à 30% sans déformation de l’image, une innovation prometteuse pour les wearables et l’électronique souple.
Les deux fabricants ont investi dans les applications automobiles, un secteur en pleine expansion. LG fournit des tableaux de bord OLED pour les véhicules premium de BMW et Mercedes, tandis que Samsung a conclu des partenariats avec Audi et Tesla pour des écrans d’infodivertissement de nouvelle génération. Ces écrans automobiles sont conçus pour résister à des conditions extrêmes de température et de vibration, tout en offrant des angles de vision optimaux et une lisibilité en plein soleil.
Le secteur de la réalité virtuelle constitue un autre territoire d’expansion. LG et Samsung ont développé des micro-écrans OLED de haute définition pour les casques VR/AR, avec des densités de pixels dépassant 1000 ppi (pixels par pouce) et des fréquences de rafraîchissement atteignant 144 Hz. Samsung a notamment fourni les écrans du Meta Quest Pro, tandis que LG travaille sur des solutions pour le futur casque d’Apple.
Le duel technologique se poursuit
La compétition entre LG et Samsung continue d’alimenter l’innovation dans le domaine des écrans OLED. LG a récemment introduit sa technologie OLED EX qui utilise du deutérium pour améliorer l’efficacité lumineuse et la longévité des pixels. Cette avancée permet d’augmenter la luminosité de 30% tout en réduisant l’épaisseur des cadres. Parallèlement, la société développe des écrans OLED 8K de 88 pouces qui atteignent une densité de pixels sans précédent pour cette taille.
Samsung a riposté avec sa technologie QD-OLED (Quantum Dot OLED), combinant les avantages des points quantiques avec ceux des OLED. Cette approche hybride utilise des OLED bleues comme source lumineuse et des points quantiques pour convertir une partie de cette lumière en rouge et vert, éliminant le besoin de filtres colorés. Les premiers téléviseurs QD-OLED lancés en 2022 ont démontré une luminosité et une saturation des couleurs supérieures aux WOLED traditionnels de LG, relançant la bataille sur le marché premium.
Les deux entreprises explorent maintenant la technologie OLED imprimé (Printed OLED ou PLED), qui promet de réduire drastiquement les coûts de fabrication en remplaçant les procédés sous vide par des techniques d’impression à jet d’encre. LG a déjà annoncé des investissements dans une ligne pilote, tandis que Samsung collabore avec le fabricant d’équipements japonais JOLED pour développer cette technologie de rupture.
Cette rivalité acharnée profite ultimement aux consommateurs qui bénéficient d’innovations constantes à des prix de plus en plus accessibles. Si LG conserve sa position dominante sur les grands formats grâce à sa capacité de production inégalée, Samsung gagne du terrain avec ses solutions hybrides et ses écrans flexibles. L’écart technologique entre les deux géants se resserre, promettant une nouvelle décennie d’avancées spectaculaires dans le domaine des écrans auto-émissifs.
